28/08/2026 · Histoire monétaire
Bimétallisme : comment le rapport de 15,5 a tenu, puis cassé
Un chiffre, 15,5, tient tout le système monétaire de l'Union latine. Explication du rapport légal or-argent et de la crise qui l'a brisé.
Le bimétallisme repose sur un pari : fixer par la loi la valeur relative de l'or et de l'argent. L'Union latine choisit 15,5. Tant que le marché suit, le système nourrit la circulation. Le jour où il s'en écarte, chaque pièce devient une opportunité d'arbitrage.
Le chiffre et ses suites
Dans le système de l'Union latine, un gramme d'or se paie 15,5 grammes d'argent. Ce rapport découle des poids des pièces : le 20 francs d'or pèse 6,45161 grammes à 900 millièmes, l'écu d'argent de 5 francs pèse 25 grammes au même titre, et 31 grammes d'argent, soit un 20 francs et un 10 francs et demi d'argent fin, valent le 20 francs d'or. Le rapport se lit donc sur les flans eux-mêmes, sans aucune abstraction.
La convention rend les deux métaux librement frappables dans un premier temps : qui apporte de l'or à l'atelier repart avec des 20 francs, qui apporte de l'argent repart avec des écus. C'est cette porte ouverte qui fait la santé du système tant que les deux métaux restent rares à peu près dans les mêmes proportions.
| Pièce | Métal | Titre | Poids de droit |
|---|---|---|---|
| 20 francs | or | 900 ‰ | 6,45161 g |
| 10 francs | or | 900 ‰ | 3,2258 g |
| 5 francs | argent | 900 ‰ | 25 g |
| 2 francs | argent | 900 ‰ | 10 g |
| 1 franc | argent | 900 ‰ | 5 g |
| 50 centimes | argent | 900 ‰ | 2,5 g |
Tableau large : faites défiler horizontalement.
La loi de Gresham en action
Le talon du bimétallisme est connu depuis longtemps : quand la valeur de marché des deux métaux s'écarte du rapport légal, la pièce sous-évaluée disparaît. Si l'argent vaut davantage au poids chez le fondeur que chez le monétateur, on fond les écus et on garde l'or, ou l'inverse selon les années. La loi de Gresham résume le mécanisme : la mauvaise monnaie chasse la bonne.
La convention de 1865 hérite de ce risque en le croyant maîtrisé. Le XIXe siècle commence pourtant à produire plus d'argent : les mines du Nouveau Monde s'ouvrent, la métallurgie affine des tonnages croissants, et plusieurs États abandonnent l'argent pour l'or. La demande de métal blanc recule pendant que son offre grimpe.
1873 puis 1878
L'année pivot est 1873 : l'Empire allemand, doté de l'indemnité française, adopte l'étalon or et revend son argent. Le rapport de marché descend nettement sous 15,5. Apporter de l'argent au poids à l'atelier devient un commerce : on frappe des écus qui valent moins en métal que leur valeur faciale légale. Chaque État membre devient la caisse d'arbitrage du monde.
L'Union réagit en 1878 : la libre frappe de l'argent aux grosses coupures est suspendue, l'écu subsiste en circulation mais on n'en crée plus à volonté. Le bimétallisme y perd sa raison d'être : l'Union continue, mais en régime d'étalon or accompagné de monnaies d'argent divisionnaires, comme le détaille notre article sur la fin de l'Union latine.
Le collectionneur voit cette histoire dans les flans : après 1878, les écus de 5 francs se raréfient, les divisions continuent, et les dattes des pièces racontent le resserrement. Notre chronologie 1865-1927 replace chaque étape, et le glossaire définit les termes techniques employés ici, du titre à la frappe libre.
Le collectionneur peut d'ailleurs observer ce mécanisme sur les séries elles-mêmes : les écus de 5 francs abondent pour les années 1860, puis les frappes se resserrent dans la décennie suivante, et les gros modules d'argent deviennent l'exception après 1878. Le catalogue raconte la théorie monétaire en colonnes de cotes : les millésimes rares se concentrent là où la porte de la frappe libre s'est fermée. Relier une cote élevée à une décision de convention, c'est lire l'histoire dans un tiroir de collection.
Article publié le 28/08/2026 par la rédaction de L'Union Latine et rattaché à la rubrique histoire monétaire. Une erreur à signaler ? La page contact explique comment la faire corriger.